Le Foutriquet

 Le Foutriquet

 

 

A mon père détesté,
A mon papa prisonnier de mon père meurtri,
A mon papa retrouvé dans la paix de sa mort !
Sonia

 

 

 

I

 

 

 

La mort ! Celle que l’on attend et qui ne vient pas. Celle que l’on fuit et qui nous rattrape. La mort ! Eternelle vivante.

 

 

 

Pas bien loin là-bas, tout près du pont de la Loire, un vieux monsieur vit avec son chien. Mais ce n’est pas un chien comme les autres. Oh bien sûr, il a quatre pattes, deux oreilles poilues, une truffe mouillée le plus souvent, mais il a un sourire qui apparaît sur ses babines. Oui, ce chien sourit. Il sourit même avec ses yeux marrons, surtout lorsqu’il regarde couler la Loire, du long de la rive, noyant par quelques hasards un rat de ville et lavant sur son passage les coques des péniches et des petits bateaux ; bateaux bien assez grands pour descendre le cours du fleuve et pour finir par glisser dans la « Grande Bleu ». Et ce chien continue de sourire, constamment, impunément, en toute patience. Il se couche, face au filet d’eau, la tête sur ses pattes croisées. Il reluque, regarde, fixe, cherche, recherche la chose qui pourrait sortir son compagnon, ici le vieux monsieur, de sa somnolence. Mais rien ne se passe, aujourd’hui comme hier et hier comme avant-hier, rien ne retient l’attention de ce monsieur à l’âge indéfini mais avancé. Il était pourtant bien réveillé, il y a seulement de cela quelques minutes ; trop tard, trop tôt, allez savoir ! Si on repassait dans une demi-heure peut-être le verrait-on debout, à fumer son dernier mégot en marchant  doucement le long du quai. Son chien, à quelques pas devant, reniflerait les quelques odeurs laissées par les gens de passage peu nombreux ; gens qui préfèrent marcher sur « l’avancée supérieure » celle d’en haut, là où tout le monde se marche sur les pieds, où tout le monde fait semblant d’exister. Le vieux monsieur est là, aigri par la vie ou peut-être nostalgique. Ses yeux fixent le sol et machinalement, son pied gauche passe devant son pied droit, son pied droit, vexé par son pied gauche, repasse devant celui-ci. Et ainsi de suite le vieux monsieur avance, inconscient et surtout  « foutiste » de tous ces visages du dessus qui pour lui n’ont aucunes identités. Donc cet homme, à la barbe taillée grossièrement, marche chaque jour avec son chien, chaque semaine, chaque mois et ceci depuis vingt ans. Au début c’était avec le Fouineur, un cocker de six mois, puis après lui, ce fut Raquet le labrador noir. En ce qui concerne Le Croisé, il l’a récupéré bébé, dans une poubelle d’un quartier chic où des gens « respectables » l’avaient abandonné. Il l’a nettoyé un peu avant de le cacher dans son imperméable, tout près de son cœur pour le réchauffer. Depuis ce jour, ils ne se sont plus quittés. Et depuis vingt ans, notre vieux monsieur a eu le temps de faire le bilan de sa vie, de réfléchir, de penser, de pardonner à ceux qui l’ont méprisé, de revivre son enfance, ses pleurs. Et peut-être aussi, de se pardonner pour les gens qu’il a à son tour méprisées ! Aujourd’hui, Le Croisé reste le seul témoin de son passage dans cette ville ; il est devenu la mémoire de ceux  qui  n’ont pas voulu se souvenir.....

 



S.E
Germaine...

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